Black Hair: du show humiliant au documentaire inspirant.

Ce week-end, tournait sur les réseaux sociaux un passage du programme TV Caribbean Next Top Model.  Une séquence aussi violente qu’humiliante où une candidate, malgré ses explications et son émotion était obligée de défriser ses longs cheveux naturels pour pouvoir rester dans le concours de beauté.  Un timing de diffusion étonnant puisque les faits se sont passés l’an dernier.  En fait, un « good » buzz orchestré dans le cadre du lancement du documentaire « Black Hair », directement inspiré de cette scène surréaliste …et pourtant si courante.   

Une candidate obligée de se défriser les cheveux.

Tourné en 2017 et diffusé en février 2018, le programme télévisé « Le prochain top model carribéen » est une adaptation du célèbre show américain créé et animé par la mannequin, femme d’affaires et de médias Tyra Banks.  La version jamaïcaine est pilotée et animée par Wendy Fitzwilliam, ancienne Miss Univers.

Dans une séquence qui a fait le tour de la toile, une candidate, Gabriella Bernard, se voit poser un ultimatum : défriser ses cheveux ou quitter l’émission. 

La jeune mannequin de 24 ans explique, en larmes, à quel point ses cheveux naturels sont importants pour elle.  Elle implore la coiffeuse de ne pas utiliser de produits chimiques dans ses cheveux dont la longueur est le fruit de 3 années de soins.  Elle répète très distinctement que ses cheveux crépus lui plaisent et qu’ils font partie de son identité, de sa singularité et que c’est en les gardant au naturel qu’elle a commencé à s’aimer davantage. 

Le montage vidéo montre ensuite la chevelure enrobée de produit caustique.  Les cheveux de Gabriella Bernard sont défrisés et elle est restée dans la compétition, de laquelle elle se hissera, au final, à la troisième place.

Après cette scène, la jeune fille a eu droit à un sermon face caméra de la productrice et d’un jury composé du photographe international Pedro Virgil et de l’expert de la mode des Caraïbes Socrates McKinney.  Elle lui explique d’un ton sentencieux, condescendant et très vexatoire à quel point elle n’a pas apprécié son attitude dans le salon de coiffure et à quel point son attitude militante sur un lieu de travail manquait de professionnalisme.  Etre professionnelle, ça veut dire obéir, à l’autorité et aux choix du marché. 

Pourquoi elle n’a pas « tout simplement » quitté le jeu?

Quand beaucoup de gens s’indignaient sur la toile d’une telle pression, d’autres se demandaient pourquoi la jeune femme ne s’était pas levée pour quitter l’épreuve du « relooking » et l’émission.  G. Bernard indique que d’une part, elle était trop loin dans la compétition pour revenir en arrière.  Elle avait plaqué son job pour pouvoir participer au concours et devenir mannequin international.  Elle était aux portes de son rêve.  D’autre part, elle avait tellement d’admiration pour Wendy Fitzwilliam et son parcours dans le métier en tant que femme Noire, qu’elle n’a pas oser aller contre son autorité.  Elle a donc jouer le jeu à fond. 

La vraie question n’est pas à poser à ceux qu’on opprime mais à ceux qui exhortent de rentrer dans la norme.  On ne compte plus, ces derniers temps, les pressions et exclusions de jeunes filles à l’école, à l’université ou sur le lieu de travail sous prétexte de cheveux « non disciplinés ». 


Dénoncer et aider les autres à s’affirmer.

De cette expérience brutale et traumatisante, Gabrielle Bernard et le cinéaste espagnol Miquel Galofre ont co-réalisé un documentaire de 20 minutes intitulé « Black Hair ».  Dans la veine de « Good Hair » de Chris Rock, sorti en 2009, le documentaire dénonce et interroge les injonctions sociales capillaires faites aux femmes Noires et les implications psychologiques voire de santé d’une destruction dès le plus jeune âge des boucles naturelles. 

« Nous vivons dans un monde où les médias nous disent que nous devons avoir les cheveux raides pour être acceptés.  Le défrisage, les perruques, ce combat est plus qu’une simple question de texture de cheveux !  C’est un problème sociopolitique auquel nous avons été confrontés à Trinidad, dans les Caraïbes et dans le monde entier pendant des siècles.  C’est un débat sur le fait que la beauté soit normée et eurocentrée.  Nous, Noirs, sommes conditionnés depuis si longtemps à croire que nos attributs en tant que Noirs devraient être cachés ou honteux.  Pourquoi devons-nous continuer à nous conformer pour le confort visuels des autres?  On nous a dit que nos cheveux ne suffisaient pas.  Ça ne peut pas continuer. »

Gabriella Bernard a déclaré qu’elle souhaitait maintenant aider d’autres personnes, comme elle, à se défendre et à être authentiques.

Bien servi par le buzz de la rediffusion de la séquence, le documentaire a été présenté au Festival du film de Trinité-et-Tobago où Gabriella Bernard arborait une courte et magnifique chevelure naturelle, de beaux cheveux en bonne santé.  « Black Hair » est sélectionné pour des festivals aux USA et au Cameroun.

 


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