L’Oréal and UNESCO award Sub-Saharan Africa fellowships

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The L’Oréal Foundation and UNESCO have awarded €10,000 each to three women as part of the For Women in Science Sub-Saharan Africa Regional Fellowships.

The recipients of the Post-Doctoral Fellowships are: Rasheedat Mahamood, from the University of Johannesburg, South Africa; Zebib Yumus, from iThemba LABS of the National Research Foundation in Cape Town, South Africa; and Jandeli Niemand, from the University of Pretoria, South Africa.

Nine women were also awarded Doctoral Fellowships of €5,000 each. These include: Nomvano Mketo, Gaelle Kafira KO, Shobna Sawry, Majidah Hamid-Adiamoh, Jinal Bhiman, Olubokola Adenubi, Olotu Ifeoluwa (Nigeria), Danielle Twilley and Edith Chepkorir.

All of the women were awarded the fellowships based on their academic talents, contributions and potential in the field of STEM (science, technology, engineering and maths). Sandeep Rai, Managing Director of L’Oréal South Africa said: “For the last 17 years, with the For Women In Science programme, we have been fighting to advance the cause of women scientists worldwide.

« Much has been achieved: more than 2,000 women have been recognised worldwide, the program has gained recognition from the international scientific community, a springboard to enable women to go further and rise to greater heights. Science is part of our DNA and we are really proud of all the women who continue to make a difference in Africa through our programme.”

The L’Oréal Foundation aims to support women working in scientific research as well as helping people boost their self-esteem through beauty via its other programme, Beauty for a Better Life.

Source : L’Oréal and UNESCO award Sub-Saharan Africa fellowships

Peut-on être « pour » le blanchiment de la peau ?

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Eclaircir sa peau.  Comment même l’évoquer sans s’attirer les foudres des afro-féministes, des dermatologues, des sociologues  ou même des Nappy girls ?  Loin d’être une particularité africaine, le blanchiment est une pratique qui touche aussi des millions de femmes asiatiques (de l’Inde au Japon).  Paradoxalement, c’est un sujet quasi tabou chez celles et ceux qui ont recours à ces crèmes, savons et autres injections !

Mélanine et tyrosinase : au cœur de la pigmentation. 

Pourquoi la peau est-elle foncée ?  Contenus dans les mélanocytes du derme, les mélanosomes renferment des grains de mélanine, un pigment foncé.  Sous l’action d’une enzyme, la tyrosinase, les mélanosomes sont envoyés depuis les mélanocytes vers les kératinocytes où ils colorent les couches supérieures de la peau.  Les peaux noires, génétiquement programmées pour évoluer dans un milieu ensoleillé, contiennent des mélanosomes en nombre et taille plus importants.  Cet afflux de mélanine protège nos cellules contre les effets nocifs des rayons UV du soleil.

Pour blanchir la peau, on inhibe le processus de mélanogénèse en supprimant l’action de la tyrosinase grâce à des principes actifs mélanobloquants tels que :  l’Hydroquinone (interdite en Europe, et, de plus en plus, en Afrique aussi), l’acide kojique, l’acide azelaïque , la glabridine, l’arbutine…

Pourquoi se blanchir la peau ?

La raison principale invoquée est la question esthétique.  En effet, d’une part, le modèle de beauté universellement diffusé est celui d’une femme à la peau claire.  D’autre part, les peaux foncées présentent souvent des taches d’hyperpigmentation que l’on veut atténuer pour harmoniser son teint.

Au-delà de cela, il y a surtout une raison sociale à cette volonté de blanchiment de la peau.  Dans un contexte postcolonial et de discrimination raciale, avoir la peau claire (et/ou des cheveux lisses et/ou blonds et/ou des yeux clairs)  est associé à la réussite sociale, professionnelle et amoureuse.

Se blanchir jusqu’à y laisser sa peau.

Pourtant, utiliser des crèmes éclaircissantes est risqué en bien des points.

  • Dangers pour la santé : la fonction protectrice de la peau est supprimée. On voit apparaitre des cas de cancer de la peau chez les femmes africaines.  Les produits contenant de la cortisone peuvent provoquer  une hypertension artérielle, une insuffisance rénale, un diabète, la perturbation du cycle menstruel ou encore des problèmes osseux…
  • Un résultat souvent fort inesthétique : dépigmentation irrégulière « en confettis », hyperpigmentation (visage, main, coudes, genoux), vergetures, acné, poils, odeurs corporelles nauséabondes…
  •  La double dépendance : impossibilité d’arrêter l’application des produits. D’une part, on constate une dépendance physique aux corticoïdes dont l’arrêt provoque une sensation d’anxiété, de dépression, d’envies suicidaires.  D’autre part, le fait d’arrêter fait refoncer la peau presque du jour au lendemain.
  • Problèmes psychologiques et identitaires: les femmes utilisant des produits éclaircissant éprouvent parfois un lourd sentiment de culpabilité car  se blanchir équivaut à dire à la communauté qu’elles ont honte d’être Noire.  Elles ont le sentiment de tourner le dos à qui elles sont, à leur famille, à leurs racines, à leur culture.  Certaines, pour s’intégrer, vont jusqu’à appliquer des produits sur leurs jeunes enfants ! Et malgré tous ces « efforts » pour modifier sa couleur de peau, elles n’en restent pas moins Noires.
  • Coûts : le budget consacré à l’achat des produits n’est pas négligeable.

Vers une loi d’interdiction totale…

Alors, compte tenu de tous ces dangers, pourquoi ne pas carrément interdire tous les produits éclaircissants ? En Europe, aux USA et en Afrique, la législation interdit depuis plusieurs années l’utilisation de certains actifs éclaircissants, notamment l’hydroquinone.  On la retrouve néanmoins toujours dans de nombreux produits dont les emballages ne donnent que très peu d’informations (actifs, concentrations, origine…).

Concernant une interdiction totale, certains spécialistes avancent que cela pourrait être contre-productif. Cela pousserait les consommateurs vers des produits frauduleux ou des  préparations artisanales bon marché, comme la Javel qui sont bien pires encore !

… ou vers une pratique encadrée par des médecins?

Entre vraie réponse thérapeutique et segment de marché lucratif, les dermatologues et les médecins esthétiques se sont aussi positionnés en interlocuteur crédible sur la question du blanchiment de la peau.

Ils ont tout d’abord un rôle curatif car atterrissent chez eux toutes les peaux meurtries par des années de pratique du blanchiment.  Ils proposent des soins réparateurs puis traitant au laser ou à base de peelings chimiques et mécaniques.

Ils ont ensuite des techniques d’éclaircissement plus invasives et au résultat plus uniforme, notamment avec l’injection en intraveineuse de solutions mélanobloquantes, par exemple, le glutathion, un antioxydant puissant (initialement pour traiter la maladie de Parkinson).   Cette technique est excessivement chères et potentiellement dangereuses (systèmes digestif et nerveux).

 Entre ces deux extrêmes : les acteurs du secteur cosmétique. 

Une multitude de marques africaines, afro-américaines ou afropéennes vendent des cosmétiques sous forme de savons, de crèmes pour le corps et le visage, de sérums, de compléments alimentaires…  Au mieux, un éclaircissement léger et des actifs qui jouent d’avantage sur le renouvellement cellulaire et l’éclat du teint.  Au pire, des crèmes ultra-nocives qui détruisent la peau des utilisateurs.

Les marques généralistes (tel L’Oréal) sont assez frileuses dans ce domaine.  A l’heure du politiquement correct et de la « beauté globale », il est éthiquement difficile de s’aventurer sur le terrain racial du blanchiment.  On parlera plus volontiers de soin « éclat » que de « blanchiment ».

Pourtant, au même titre que l’auto-bronzant ou le spray-tan (douche auto-bronzante) qui colorent la peau sans les effets nocifs du soleil,  face à ce marché gigantesque, celui qui trouvera une formule de soin efficace, rapide, spectaculaire, accessible et sans aucun danger gagnera des milliards de dollars. !

La troisième voie : l’estime de soi et le bon sens. 

Face à tout cela, la voie la plus sage est encore de miser sur l’éducation.  L’éducation face aux dangers du blanchiment.  L’éducation à l’esprit critique face au matraquage publicitaire de l’industrie des cosmétiques ou du show-business.  Et surtout, l’éducation à l’estime de soi.  S’aimer telle que l’on est et prendre soin de sa peau afin de la préserver le plus longtemps possible.

Pour terminer, quelques conseils simples pour une belle peau : la nettoyer quotidiennement, exfolier les cellules mortes régulièrement, se protéger du soleil, s’hydrater, la sublimer avec des cosmétiques naturels de qualité.

 

VIDEO: voici pour terminer un excellent reportage du Magazine de la Santé sur France 5 traitant du sujet.

Cosmétiques halal: un segment à ne pas sous-estimer.

cosmétique halal

Un africain sur deux est musulman.  Longtemps ignorés ou mal compris par les géants de l’industrie cosmétique, les besoins en matière de beauté des femmes musulmanes sont, depuis quelques années, ciblés par une nouvelle vague de marques de niches au succès grandissant.

D’après le Sommet Mondial de l’Economie Islamique qui se tenait à Dubaï le mois dernier, le marché musulman des soins cosmétiques et personnels devrait augmenter de près de 74% d’ici 2020 pour atteindre 80 milliards.

Un segment de marché difficile à définir.

La population musulmane mondiale est souvent citée comme une «communauté mondiale».  Dans les faits, il s’agit d’une myriade de sous-ensembles socio-culturels, autant cibles différentes tant sur le point géographique, ethnique que culturel.  Leur principal dénominateur commun : les valeurs (et la pratique) de l’Islam.

L’Afrique et sa diaspora constituent des millions d’individus de confession musulmane (pratiquant ou pas).   Les nouvelles générations sont très à l’aise avec le monde moderne, mais elles sont tout à la foi encore très fidèles à leur foi (voire plus que la génération de leurs parents).  Trouver un équilibre entre la pratique de la foi, la pratique de la beauté et l’approbation de leur communauté peut être difficile pour certaines femmes musulmanes.

« Même si on ne croque pas dans son rouge à lèvres, on en mange une bonne partie ! »…

Le terme « halal » désigne tout ce qui est autorisé par la charia, la loi islamique. Ceci ne concerne pas seulement la nourriture comme on le croit trop souvent, mais également les habitudes de vie, la «morale musulmane».  La pratique musulmane dicte notamment que l’on ne consomme ni porc, ni alcool.  Si les textes religieux parlent d’ingestion, quid de l’application de ces produits (même de manière infime) sur le corps ?  C’est l’Institut de Normalisation et de Métrologie des Pays Islamiques qui définit alors les directives pratiques auxquelles doivent satisfaire les industriels et les commerçants de produits cosmétiques halal, conformément aux édits religieux.  Hormis pour les rouges à lèvres et les dentifrices qui sont en contact direct avec la bouche, rien n’est aussi strict pour les produits d’hygiène et les cosmétiques.

Des marques de niche.

Poussant le concept jusqu’au bout, certaines marques ont donc créé des cosmétiques dont les formulations ne contiennent  ni porc (graisse ou gélatine), ni alcool (même l’alcool dénaturé ou les alcools gras), ni même extraits d’insecte (cochenille pour les pigments colorant).  Ces marques mettent en avant leur label Halal Authority Board, une référence mondiale en termes de certification.

Développées pour les musulmanes, de nombreuses (petites) marques ont à leur tête des entrepreneures issues de la communauté musulmane, et ce, essentiellement au sein de la diaspora : Jamal (France), Samina Pure Make Up (UK), One Pure (Canada), Shfee Halal Care (Pays-Bas)…

L’Afrique à deux vitesses.

En Afrique du Nord, le positionnement halal fait partie des priorités des ministères de l’économie (notamment au Maroc) où l’on souhaite mettre tout en œuvre pour permettre à des industries locales de développer et d’exporter des produits certifiés halal dans le monde entier.

En Afrique Subsaharienne, les marques se heurtent à deux obstacles majeurs.  D’une part, un intérêt réel pour les marques françaises et américaines.  D’autre part, l’utilisation de produits naturels et de recettes « maison » existants dans leurs pays.

Les grands groupes « Islam-friendly ».

En 2012, Colgate-Palmolive avait mis sur le marché un dentifrice halal certifié sans gélatine de porc.  Plutôt que de recourir aux certifications halal et modifications de formules, les marques généralistes misent plutôt sur le marketing culturel de ses produits : essentiellement des shampoings.  Packaging orientalisant et égérie orientale à l’appui, Unilever et Henkel ont lancé des produits exclusivement destinés au traitement capillaire des femmes voilées.  Le groupe Unilever et sa marque Sunsilk ont créé la gamme de shampooing Clean & Fresh, formulé spécifiquement pour les femmes portant le voile et dont les cheveux seraient particulièrement abimés par les frottements et le manque d’aération.  Henkel a lancé son Gliss & Restore «le premier capillaire spécifiquement pour les cheveux voilée. »  Quant au leader mondial, L’Oréal, on y indique que « le marché du cosmétique halal est un marché que nous regardons, comme d’autres, compte tenu de notre ambition d’universalisation de la beauté ».

Dark hair worldwide classification.

 

Expert from Hair Research Center evaluating the hair type. © L'Oréal R&I

Expert from Hair Research Center evaluating the hair type. © L’Oréal R&I

The Research and Innovation L’Oral teams developed specific tools to analyze the complexity of types of hair around the world. They went beyond the traditional classification of three hair types (African, Asian and European), by developing a scientific approach based on physical measurements of curl: the diameter of the curvature, the curl index, the number of waves and of tendrils.

50% of the world’s population has dark to very dark brown hair.

The study was performed on over 7,500 heads of hair in 23 countries. The result is a detailed classification of the world’s hair types in 8 categories, corresponding to a scale of curl, from the straightest (I) to the curliest (VIII), independently of any reference to ethnic origins.

 

Read more on:   Diversity of Hair Types and L’oréal 

Make-up : House of Tara recrute 5000 distributeurs.

panafrican beauty house of tara

(c) House of Tara

La distribution est un facteur clé dans le développement de l’industrie cosmétique en Afrique.  A défaut d’un système de grande distribution structuré, les PME africaines s’appuient sur leur présence en ligne pour recruter des distributeurs locaux et vendre leur inestimable maîtrise du (tout)terrain aux multinationales du secteur.

Trop d’intermédiaires, pas assez d’infrastructures.

Avec une population largement rurale (même au sein des villes), le système de distribution en Afrique subsaharienne suit un schéma pyramidal : des grands distributeurs régionaux distribuent à des distributeurs secondaires au niveau local qui dispersent à leur tour les marchandises par le circuit traditionnel du colportage, sur les marchés et dans les échoppes.

Seuls 5% des habitants du continent africains font leurs courses en moyennes et grandes surfaces.  Quelques rares mégapoles proposent des centres commerciaux aux standards internationaux dans lesquels les produits restent chers à cause des droits de douane, de la TVA, du prix des loyers commerciaux. Les géants de la grande distribution ont donc du mal à s’adapter, à s’implanter et à séduire la classe moyenne.  Les classes aisées, elles, achètent volontiers (ou font venir) leurs cosmétiques lors de leurs voyages en Europe, en Amérique ou en Asie.

Maîtriser la distribution.

Le système de distribution par capillarité n’est pas très avantageux pour les fabricants.  La multiplication des intermédiaires fait soit exploser les prix de vente, soit baisser leurs marges.  Ils n’ont pas – ou peu – de contrôle sur la conservation, le reconditionnement ou la présentation des produits.

Certaines marques tentent alors d’organiser elles-mêmes leur circuit de distribution.  Ainsi, Nice & Lovely (racheté au Kenyan Paul Kinuthia par L’Oréal en 2014), fait elle-même ses road show pour présenter ses produits aux consommateurs dans les zones rurales reculées.

House of Tara: recrutement massif.

House of Tara compte une centaine d’employés.  La marque est une pionnière (1993) de l’industrie du maquillage au Nigéria.  House of Tara a développé des maquillages inspirés par et dédiés aux femmes africaines, des make-up schools, de l’événementiel, des boutiques mixtes distribuant sa marque propre mais aussi des produits du groupe L’Oréal.

A grand renfort des réseaux sociaux, House of Tara organise à partir de ce 19 septembre « Beauty Business On the Go »  un ambitieux programme de recrutement et de formation.  Pour accompagner son développement en Afrique de l’Ouest, du Sud et au Kenya (mais aussi en Angleterre), elle vise la création d’un réseau de pas moins de 5000 représentants commerciaux  indépendants, essentiellement des femmes.

Les participantes recevront  des formations sur la marque et ses produits, sur les techniques commerciales, sur la création et le développement de leur mini-entreprise et des conseils financiers (partenariat avec la banque FCMB.  Booster la confiance des femmes et promouvoir leur indépendance financière sont des valeurs intéressantes (intéressées ?) véhiculées par l’entreprise.

En savoir plus sur la distribution en Afrique Subsaharienne  et sur House of Tara

Nappy Hair – l’énorme business des cheveux naturels

(c) CNN

(c) CNN – Meet the money makers of the natural hair movement.

Fini défrisage et extensions?  Le terme « Nappy », traduction du mot « crépu » (ou plus poétiquement, contraction de natural happy) est une tendance capillaire forte chez les afropéennes et les afro-américaines.  Un marché colossal estimé à 2,7 milliards de dollars par an.

Business: opérateurs historiques, géants de la grande distribution et nouveaux acteurs.

Depuis 2006, les ventes de défrisant ont chuté de 28%.  Il a fallu aux opérateurs historiques trouver des alternatives.  Qui de mieux que des experts du cheveu afros (entendez les spécialistes du défrisage) pour des créer des produis destinés aux cheveux afros (Dark & Lovely en tête).

Aujourd’hui, on voit des produits assouplissants, pour un pousse plus rapide, pour les cheveux en transition (période de sevrage du défrisant), pour les nourrir, les protéger…

Parallèlement, les statistiques démontrent que les afro-clientes dépensent jusqu’à 9X plus en produits capillaires que les clientes occidentales.  Un énorme marché près de 3 milliards de dollars par an.  Les géants de la grande distributions se sont donc aussi lancés sur ce juteux marché (Garnier, L’Oréal, Pantene…)

Mais tant qu’à être naturelle, de plus en plus de marques nouvelles, plus naturelles voire bios voient le jour (Nappy Queen, Miss Jessie’s, Carol’s Daughter, Les Secrets de Loly…).  Une vague d’innovation et un renouveau qui est tout bénéfice pour des entrepreneurs et entrepreneuses au sein de la communauté afro.

Identité culturelle: une dimension historique.

Un phénomène nouveau?  Pas tellement.  Dans les années ’60, par signe de revendication politique anti-ségrégation, les Black Panthers, Angela Davis et tant d’autres se laissaient pousser la coupe afro.

Dans les années ’70, les stars du disco propulsent la coiffure afro XXL au top des coiffures.

Depuis la fin des années ’70, le défrisage a été la norme pour s’élever dans l’échelle sociale. Les cheveux doivent être longs et lisses.  Composé d’actifs chimiques très mordants (soude), leur utilisation peut entraîner une chute des cheveux, des alopéties, des démangeaisons et des irritations du cuir chevelu…  Parallèlement, on note l’utilisation massive d’extensions, de tissages, de perruques pouvant engendrer des problèmes d’hygiène, de démangeaisons ou simplement d’inconfort au touché.

Le retour de l’afro souligne alors une certaine volonté d’affirmer son appartenance ethnique, une façon d’assumer ses origines.

A lire aussi: Nappy Hair: la revanche des femmes noires – Figaro Madame

Le boom des égéries panafricaines dans l’industrie cosmétique. 

(C) Balmain - WMagazine

(C) Balmain – WMagazine

Entre stratégie marketing et réel changement culturel, on peut noter une nette évolution de la présence des femmes panafricaines dans l’industrie cosmétique.

Avant les années 2000, contrairement à l’industrie de la mode, le secteur cosmétique n’avait qu’un modèle : la femme blanche aux yeux clairs.  Un modèle unique utilisé pour vendre sur tous les marchés.

Durant les années 2000 : des égéries adaptées aux différentes cibles et marchés se multiplient.  Plus représentatives de la société, elles permettent à une clientèle multi-ethnique qui a les moyens de mieux s’y identifier.  Les modèles sont néanmoins toujours très occidentalisés et promeuvent des produits ethniques (marques 100% ethniques ou marques généralistes créant des nuances de fond de teint pour peaux mates)  ou des produits « ethnicisés » : shampoings pour cheveux bouclés, teintures foncées, crayon Khôl…

Depuis ces 12 derniers mois, on assiste à un renversement du paradigme.  C’est ce que les sociologues appellent « l’effet (Michelle) Obama ».  Les marques osent choisir une égérie noire typée  en se disant que les femmes caucasiennes (leur plus gros marché) vont pouvoir s’identifier à elle ; à sa beauté singulière et à son talent.  Les marques font bouger les mentalités en associant leur nom au niveau mondial à des afro-modèles.  Or, on sait que dans certains pays émergents (Chine, Russie, Golf), le racisme est une réalité et le choix d’une égérie noire n’est pas très consensuel.

La mode comme précurseur

Bien sûr, depuis la fin des années ’60, certains afro-modèles avaient déjà occupé le devant de la scène.  Naomi Sims fut la première afro-américaine à faire la couverture de Vogue, de Cosmopolitan, de Life et même du New York Times. Yves Saint Laurent et Paco Rabanne, en France, font partie des premiers stylistes  à prôner la beauté dans toute sa diversité et à  introduire des mannequins de toute nationalité dans leurs défilés : Donyale LunaRebecca Ayoko, Katoucha Niane, Iman, Grace Jones… Puis vinrent les top-modèles Naomi Campbell ou encore Alek Wek dans les années ’90.

Cette année, côté mode, on dirait que toutes les marques du luxe se sont donné le mot : Rihanna chez Dior, Ciara et Nicky Minaj chez Roberto Cavalli, Jourdan Dunn chez Burberry, Joan Smalls chez Chanel, le couple Kanye West-Kardashian chez Balmain.  Même la marque espagnole de prêt-à-porter Desigual a mis en avant le modèle Winnie Harlow, atteinte du vitiligo.  Un physique doublement atypique qui représente à merveille le concept décalé et coloré de la marque.

Qui sont-elles?

Mannequins, chanteuses ou actrices, elles sont majoritairement afro-américaines et mondialement connues.  Avec le développement des réseaux sociaux, l’influence des stars a décuplé.  Leurs millions d’abonnés sur Instagram, Twitter ou Facebook représentent un pouvoir marchand considérable et très rassurant pour les marques qui touchent là un public jeune à l’échelle planétaire.

Côté cosmétique, comme l’explique Marion Brunet, directrice générale adjointe de L’Oréal Paris international, jouer la carte de la diversité, que l’on parle de couleurs de peau (ou d’âge d’ailleurs), est bien plus qu’une simple décision de marketing.  Les ambassadrices sont avant tout des femmes de talent, de cœur et d’engagement, inspirantes pour le plus grand nombre mais qui sont aussi parfaitement crédibles par rapport à celles qui ont le même type de peau, de cheveu ou d’âge qu’elles.

C’est ainsi que l’on a pu voir de grands groupes cosmétiques ouvrir, sur certains marchés, leurs gammes classiques aux peaux ethniques (palettes étendues de fonds de teint) ou simplement utiliser des mannequins noirs pour promouvoir la marque dans son entièreté.  En France, on a vu timidement la métisse  Noémie Lenoir chez L’Oréal  en 2000, Liya Kebede en 2003 chez Estée Lauder puis Sonia Roland chez Mixa en 2009.

Mais depuis l’an dernier, les afro-égéries se multiplient :  Liya Kebede , Beyonce, Jourdan Dunn et Zoé Saldana chez L’Oréal et Alicia Keys chez LancômeAdeola Ariyo chez Elizabeth Arden.

Lancôme – qui avait déjà mis en avant Arlenis Sosa dès 2010 –  a créé une petite révolution dans l’industrie cosmétique en propulsant Lupita Nyongo comme égérie au niveau mondial.  Oscar du meilleur second rôle et consacrée « plus belle femme du monde » par le magazine People.  Naturelle, très foncée, les cheveux courts et crépus, elle est un véritable contraste avec ses consœurs noires très claires (voire blanchies) aux cheveux longs et lisses.   Elle représente une beauté plus singulière.

C’est exactement pour battre en brèche le diktat des stéréotypes esthétiques, que Dove (groupe Unilever) a souhaité prôner le « vrai » et la simplicité pour redonner confiance aux femmes et révéler leur beauté naturelle. Aujourd’hui, la marque internationale devient également une référence de la beauté africaine avec un pôle Dove Afrique de plus en plus conquérant.  Leur crédo : valoriser la beauté naturelle des marchés sur lesquels ils opèrent et mettre en avant « de vrais gens » qui correspondent au physique réel des gens qui utiliseront localement leurs produits.


Et l’Afrique du Nord ?

Encore peu demandés, les mannequins au physique maghrébin sont assez rares en dehors du monde arabo-musulman.  Si on compte un mannequin noir pour 100 pages de magazine, les égéries nord-africaines sont encore plus rares.

En France, il faut attendre 2007 pour que L’Oréal fasse de  Afef Jniffen (Tunisie), 44ans alors,  sa première égérie arabe.  Suivra  Rachida Brakni, d’origine Algérienne et, surtout, la comédienne Leila Bekhti (Algérie) en 2011.   On peut aussi citer Hanaa Ben Abdesslem (Tunisie) chez Lancôme ou Hind Sahli (Maroc)  pour le marché Moyen-Orient chez Estée Lauder.  Comme leurs consœurs noires, ce sont surtout des modèles très occidentalisés et à la peau très claire qui sont  mis en avant.

  • Remarque: les marques Lancôme, Mixa et Vichy citées ou illustrées dans cet articles appartiennent aussi au groupe L’Oréal.

Cosmétiques : les géants du secteur ciblent les afro-marchés

Le leader mondial L’Oréal en tête, les acteurs du cosmétique entendent profiter d’un marché en maturation en Afrique et dans la diaspora.

Panafrican Beauty

Lorsqu’elle a lancé son blog de beauté il y a sept ans, Fatou N’Diaye n’imaginait pas en vivre un jour. Son site, BlackBeautyBag.com, est aujourd’hui une référence. « J’ai commencé à bloguer en 2007, car il était très difficile de trouver des informations sur les besoins spécifiques des peaux noires et des cheveux crépus. Depuis trois ou quatre ans, l’offre de cosmétiques spécialisés explose enfin en France », témoigne-t-elle. Plus besoin de s’approvisionner aux États-Unis ni dans les boutiques du quartier Château-d’eau à Paris, ou même sur certains sites internet où les risques de tomber sur des contrefaçons et des produits importés périmés sont pointés du doigt. Il suffit désormais de se rendre dans un Sephora, un Marionnaud ou même au supermarché pour constater que des espaces, également appelés corners, déploient une large palette de fonds de teint et autres produits de soins du corps et du visage dédiés aux populations noires et métissées.

Comment le marché s’est-il consolidé ?

Cet afro-marché a d’abord émergé grâce à de petites marques spécialisées, 100 % identitaires. En France, la gamme de maquillage flashy Black Up, créée en 1999 par un maquilleur d’origine ivoirienne, a été la première à se lancer. Phyto Specific se consacre de son côté depuis quinze ans à la recherche sur les cheveux frisés et crépus. Désormais, ces précurseurs de ce segment de niche sont concurrencés par les poids lourds du secteur. Ils ont comme nom Channel, Estée Lauder, Clinique, Clarins, L’Oréal ou Klorane. « D’autres marques mainstream vont encore se lancer », confie Didier Mandin, directeur associé de l’agence de conseil Aka. En effet, sur un marché saturé, les consommatrices à la peau d’ébène possèdent un pouvoir d’achat inespéré. Les fabricants estiment en effet que les femmes noires et métisses consomment trois à cinq fois plus que celles dites de type caucasien. Les raisons sont d’abord culturelles. « En Afrique, s’occuper de soi est une question de politesse », note Fatou N’Diaye. D’abord échaudées par des produits cosmétiques qui ne répondent pas à leurs attentes, ces consommatrices sont devenues de véritables expertes en la matière. Les blogs, les sites et les chaînes YouTube traitant des questions de soins de beauté concernant les femmes noires se sont multipliés sur Internet. Une mine d’informations s’est ainsi constituée qui a attiré l’attention des marques et leur a permis de s’adapter.

La bonne stratégie a mis du temps à se mettre en place

La France, comme l’Europe, rattrape son retard par rapport aux États-Unis où l’afro-marché s’est développé depuis plus de vingt ans. « Les leaders ont longtemps hésité sur la stratégie à adopter. Ils se sont demandé s’ils devaient faire des extensions de leurs couleurs ou racheter une petite marque spécifique », observe Lionel Durand, directeur général de Black Up. Du côté du marketing, les premières marques lancées sur le segment se sont longtemps montrées timides. Elles mettaient en avant des égéries au teint clair qui répondaient plus aux stéréotypes occidentaux. En matière de termes, c’est l’ambiguïté qui a prévalu. Ces produits étaient pour des peaux « mates » et des cheveux « bouclés » ou « méditerranéens ». « Les marques pensaient que les mots « crépus » et « noirs » étaient péjoratifs et se montraient frileuses pour assumer un marketing direct. Elles ont fini par comprendre que ça ne fonctionnait pas », relève Didier Mandin. Avec le rachat en 1998 et 2000 des marques Softsheen et Carson, dont l’entité fusionnée est devenue leader du capillaire afro, L’Oréal a montré la voie en instaurant un virage à 180 degrés.

Le potentiel du marché africain pris en compte

Avec l’émergence d’une classe moyenne et la forte démographie, le continent africain fait de l’oeil aux géants du cosmétique. « Un marché évalué à 6,93 milliards d’euros en 2012 et qui progresse d’environ 10 % par an, contre à peine 4 % pour le marché mondial », selon le World Retail Congress Africa 2013. « Notre ambition est de faire de L’Oréal le premier groupe de beauté en Afrique subsaharienne », a récemment annoncé Geoff Skingsley, directeur général de la zone Afrique et Moyen-Orient du groupe. Sites de production, plateformes commerciales, laboratoires, le mastodonte ne lésine pas sur les investissements. Pour séduire cette clientèle, il a aussi racheté en 2013 la marque kenyane Interbeauty.

Le numéro un sur le continent reste cependant Unilever avec un chiffre d’affaires de 3 millions d’euros, tandis que Procter & Gamble revendique la place de troisième challenger. Et les petites marques ne sont pas en reste. Black Up, déjà présente dans 23 pays africains, prévoit que ses ventes sur le continent passeront de 20 à 40 % de son chiffre d’affaires d’ici trois ans. « Le marché reste néanmoins concentré sur les pays qui présentent une forte croissance économique et sont politiquement stables », nuance Lionel Durand. Afrique du Sud, Nigeria, Kenya et Angola sont donc les plus prisés, tandis que le Sénégal, le Ghana et la Côte d’Ivoire commencent à voir les réseaux de distribution s’organiser.

Sur un continent où les centres commerciaux sont encore rares, la distribution reste le principal défi. Le mobile est une piste pour développer un réseau alternatif. Mais là encore, pour s’emparer de ce pouvoir d’achat, les marques vont devoir innover.

Article par , Le Point Afrique